Monarchie Britannique
Buckingham Palace - par Marine Guillot

Moi, Charles, prince de Galles

Le Royaume-Uni a les yeux tournés vers la forteresse galloise de Caenarfon ce premier juillet 1969. L’événement est de taille. A tel point qu’il est retransmis sur les télévisions de tout le Commonwealth. Un toit de verres aux courbes modernes abrite un trône et deux sièges qui se dressent au plein milieu du parterre d’herbes du château médiéval. Assis sur des gradins, des invités triés sur le volet attendent patiemment le début de la cérémonie qui s’apprête à débuter. Charles Philip Arthur George Windsor est sur le point d’être investi du titre de prince de Galles des mains de sa mère. Commence alors le destin de l’héritier de la Couronne la plus célèbre de la planète.

 

L’insouciance des premières années

 

Mw169848Le 14 novembre 1948, les Londoniens sont massés devant les grilles de Buckingham Palace lorsque vient la nouvelle que tous attendent. La princesse Elizabeth, héritière du trône, a donné naissance à un fils. Cent-trois coups de canon sont tirés à travers la capitale pour fêter l’arrivée dans ce monde de Charles. Pour les Britanniques, ce nouveau-né concrétise le mariage fastueux de ses parents un an auparavant. En novembre 1947, Elizabeth épouse l’officier Philip Mountbatten de la Royal Navy, titré à l’occasion duc d’Edimbourg. Ce mariage est la quintessence du mariage de princesse dont toute jeune fille rêve. L’héritière de la Couronne épouse un marin blond aux yeux bleus, sportif et charmant dans la plus importante abbaye du pays. Elizabeth et Philip représentent l’avenir de la monarchie. Leur popularité est inouïe lorsqu’arrive Charles en cet hiver 1948.

Mais le petit prince ne reste pas seul très longtemps. En 1950, la princesse Anne voit le jour. Très proches, les petits-enfants de George VI vivent dans un cocon familial qui parait parfait. Entourés de parents et de grands-parents aimants, Charles et Anne font le bonheur des Windsor. Depuis 1949, Philip a été promu capitaine de corvette sur l’île de Malte. Sa petite famille part souvent le rejoindre dans leur villa Guardamangia où ils vivent ce que nous pouvons qualifier comme leurs plus belles années. Rien ne semble ébranler ce bonheur familial apparent. Et pourtant…

 

Un jour, il sera roi

 

Charles anneEn 1951, la santé de George VI commence à décliner. Atteint d’un cancer des poumons, il est de plus en plus affaibli. Elizabeth et Philip doivent le remplacer dans la plupart de ses obligations officielles. Ils partent en octobre pour un voyage triomphale au Canada et aux Etats-Unis. Pendant ce temps, Charles et Anne demeurent au côté de leurs grands-parents. Pour les ducs d’Edimbourg, les enfants sont trop jeunes pour entreprendre un tel voyage. En plus de cela, les convenances aristocratiques de ce temps ne permettent pas aux couples de voyager avec leurs enfants. George VI et son épouse Elizabeth sont en admiration devant leurs petits-enfants, c’est donc enchantés qu’ils les gardent pendant l’absence parentale. Le roi n’hésite pas à jouer avec eux malgré la maladie.

En février 1952, Elizabeth et Philip sont de nouveau à bord d’un avion, en direction cette fois de l’Afrique du Sud. Le couple royal se rend avec les enfants à l’aéroport pour les saluer. Mais le 6 février, le roi s’éteint pendant la nuit alors que sa fille aînée a fait une escale au Kenya. Charles et sa sœur sont immédiatement pris en charge par leur grand-mère en attendant le retour de celle que l’on nomme désormais la reine Elizabeth II. A l’accession de sa mère sur le trône de Grande-Bretagne, Charles est titré duc de Cornouailles et de Rothesay, baron Renfrew, prince et grand-steward d’Ecosse.

Un an plus tard, vient l’heure du couronnement d’Elizabeth II. Cette cérémonie ancestrale est longue de quatre heures et met en exergue tout ce que le Royaume-Uni compte de fastueux. Sous les voutes de Westminster, la reine obtient une dimension sacrée qui la fait chef de l’Eglise d’Angleterre et lui fait prêter serment de servir son pays. Charles n’a que quatre ans lorsqu’il doit assister à l’événement rythmé par de lentes processions. Malgré l’ennuie de la cérémonie pour un garçon de cet âge, le petit prince prend conscience de son importance. Il est désormais l’héritier de ces traditions et de cette stabilité qu’incarne la monarchie. Un jour, il sera roi.

                                                                                                  Queen elizabeth iis coronation day 1953 e1486774254568

 

Queen Mum, un soutien de tous les instants

 

004bd71500000258 4359844 image a 11 1490799369760Une fois les célébrations autour du couronnement terminées, la reine et son époux partent pour une longue tournée à travers le Commonwealth de six mois. Comme par le passé, Charles est confié avec sa sœur sous la bienveillance de sa grand-mère. Il doit désormais s’habituer à l’absence fréquente et prolongée de ses parents. Le métier de roi emplie la majeure partie du temps qui leur est offert. Ils ont de plus en plus de mal à trouver du temps pour se rendre auprès de leurs enfants. D’autant qu’Elizabeth est en train de se familiariser avec sa charge. C’est au côté de Winston Churchill qu’elle termine son éducation en tant que souveraine.

La reine-mère se reconnaît en ce petit garçon rieur, solitaire et curieux. Très vite, Charles se sent délaissé par ses parents. Mélancolique, il cherche une oreille à qui parler. Ce sera sa grand-mère. La célèbre Queen Mum sait apaiser ses angoisses et l’écouter lorsqu’il en ressent le besoin. Plus qu’une grand-mère, Elizabeth devient une véritable amie qui lui sera loyale toute sa vie. Par elle se construit une partie de sa personnalité. Comme elle, il est désireux de se faire aimer. Il aime particulièrement les bienfaits de la nature, et apprécie les plaisirs de la vie de cour. Mais pour le Philip, le prince qui est en train de naître, sous l’égide de sa grand-mère, n’est pas désirable. Il veut un fils qui deviendra un homme, un vrai. Et cela passe une éducation particulière.

Le prince Philip se sent délaissé dans sa fonction de prince-consort. Il cherche sa place au milieu des vieux aristocrates. Avant tout, il souhaite imposer une vague de modernité sur la monarchie. Elizabeth II est le chef de l’Etat mais laisse son époux gérer leur vie familiale. En tant que père et époux de la reine, il est alors chargé par Sa Majesté de prendre en charge l’éducation des enfants. Pour Charles, c’est décidé. Il ira à l’école comme n’importe quel Anglais de son époque.

 

Les années noires

 

Prince charles childhood ss05En 1955, il devient le premier membre de la famille royale à faire sa rentrée scolaire. Il entre d’abord à la très chique Hill House School de Londres, mais il n’y reste qu’une année. Les journalistes ne cessent de le poursuivre, toujours à l’affut des moindres faits et gestes de sa part. Charles est alors envoyé à la Cheam Preparatory School, dans le Berkshire. Elizabeth insiste auprès du directeur de l’établissement pour qu’il soit traité comme n’importe quel élève. Mais les médias sont toujours présents et Charles est la cible de nombreuses railleries. L’héritier de la Couronne est souvent pris à parti de moqueries malsaines sur son physique et ses goûts de la part de ses camarades. Il peine à trouver sa place en ce monde et devient de plus en plus réservé. Seule Queen Mum est capable de prendre en considération ses plaintes. 

Philip a du mal à supporter la fragilité de son fils. Pour lui, seule une éducation quasi-spartiate peut l’endurcir. Après tout, c’est ce genre d’éducation qui a construit l’homme qu’il est aujourd’hui. Il l’envoie donc à Gordonstoun, en Ecosse, là où il avait passé la majeure partie de son enfance. A Gordonstoun, le dépassement de soi est le maître mot du quotidien des élèves. Les journées sont divisées entre des cours de théories, comme l’histoire ou les mathématiques, et de sports. Navigation, course, escalade, chacun doit effectuer un parcours destiné à l’endurcissement, et cela malgré les turpitudes de la météo écossaise. Douches à l’eau froide, dortoirs non chauffés et mal isolés et harcèlement scolaire et médiatique sont le quotidien du jeune prince. Il se plaint auprès de sa grand-mère mais trouve aussi un nouvel allié fidèle : son grand-oncle Louis Mountbatten. Comme avec son père avant lui, Lord Mountbatten se rapproche de Charles et lui offre ses conseils. Au sortir de l’établissement, il est toujours aussi malheureux et perdu. Charles qualifiera des années plus tard cette scolarité à Gordonstoun comme une « peine de prison ».

 

Lord Mountbatten, le mentor inespéré

 

28a78b1d00000578 3089402 holiday home charles was very close to his great uncle and said a 31 1432143648055Charles a dix-neuf ans lorsqu’il fait son entrée à l’université de Cambridge pour étudier l’archéologie et l’anthropologie. Il est bon élève et se trouve une âme de comédien. Pour oublier ses problèmes d’héritier, il monte volontiers sur les planches pour faire rire un public d’étudiants. Le prince trouve l’activité idéale pour apporter une touche de gaieté dans sa mélancolie apparente. En plus de cela, il commence à pratiquer le polo. Un sport qui devient rapidement une passion qu’il partage avec son père. Enfin il trouve une activité qui le rapproche quelque peu du prince Philip.

Mais Charles conserve son sentiment d’abandon paternel. Il trouve en Lord Mountbatten qu’il surnomme Dickie le père qu’il aurait tant aimé avoir. Celui qui devient rapidement son mentor lui lègue sa vision humaniste de la société, son goût des belles choses, sa passion du vêtement et son mode de vie typiquement britannique. L’ancien vice-roi des Indes sait écouter et conseiller le jeune homme, comme Queen Mum peut le faire à sa manière. Mais le vieil homme a un grand projet : lier davantage son nom à celui des Windsor. Avec le mariage de Philip avec Elizabeth, il avait espéré imposer son nom à la famille royale mais en vain. Avec Charles, il ne désespère pas. Il lui présente sa petite-fille Joanna, de cinq ans sa cadette. Mais jamais les deux jeunes Anglais n’iront jusqu’à former un couple. Malgré tout, Charles voue une véritable admiration face à ce grand diplomate et militaire qui a tant fait pour sa famille et son pays.

 

Une disparation insupportable

La vie d’étudiant ne dure qu’un temps. La réalité de son statut revient lorsqu’il est intronisé prince de Galles par Elizabeth II ce jour de 1969 dans une pompe fastueuse. Pourtant, cette cérémonie a failli ne jamais avoir lieu. La fin des années 1960 est marquée par de nombreuses violences dans toute la Grande-Bretagne perpétuées par l’IRA, l’armée républicaine irlandaise. Cette organisation terroriste vise à lutter par les armes contre la présence britannique en Irlande du Nord. Deux jours plus tôt, le Pays de Galles était la cible d’explosifs. La tension est à son comble. On craint pour la vie de la souveraine et de sa famille qui se rassemble pour l’événement. Néanmoins, sous très haute sécurité, l’intronisation s’accomplie sans désordre. C’est ainsi que Charles devient à vingt-et-un ans l’héritier officiel de la Couronne.

Stream img 1A ce titre, il doit s’inscrire dans la tradition britannique qui veut que les membres de la famille royale entrent dans la Royal Navy. En 1971, il entre dans la Royal Air Force avant d’officier sous les ordres de son très cher oncle Dickie sur l’un de ses navires. Mais Charles n’a pas le pied marin. Mal à l’aise dans cet univers, il n’a qu’une hâte : rentrer à Londres. Il est à Buckingham Palace lorsqu’il apprend la mort de Lord Mountbatten en 1979. L’IRA continue à exercer une pression armée sur le gouvernement britannique. Selon ses membres, pour faire entendre leur voix, un seul moyen est possible : toucher un proche de la reine. Alors qu’il pêchait avec sa famille à bord de son petit navire sur les côtes irlandaises, Dickie est tué avec son petit-fils Nicolas, sa belle-mère et un jeune membre de l’équipage par l’explosion d’une bombe cachée près du moteur. Les funérailles du dernier vice-roi des Indes se tiennent en l’abbaye de Westminster. Toute une nation est en deuil. Mais Charles est le plus touché. Physiquement atteint, il a du mal à cacher sa peine d’avoir perdu le seul homme qui l’écoutait et semblait le comprendre. Il trouve un réconfort dans les bras d’une jeune fille blonde aux yeux bleus qui sait trouver les mots qui le rassure, une certaine Lady Diana Spencer.

 

Le mariage du siècle

17ea451cdafb67983d0c34b032646358Le jeune prince de Galles de vingt ans est le célibataire le plus convoité d’Angleterre. Charmant et sportif, Charles apparaît au bras de nombreuses jeunes aristocrates britannique. Mais il ne semble pas pressé de prononcer ses vœux. A 31 ans, il n’est toujours pas marié. Pourtant, le nombre de ses obligations augmente et il part découvrir le monde au nom de sa mère. C’est l’occasion de rencontrer de nombreuses jeunes filles. Pour Elizabeth II et Philip, la question du mariage du prince de Galles est devenue primordiale. Oui mais avec qui…

La future princesse doit répondre à un certain nombre d’exigences. Elle sera appelée à être reine un jour, à ce titre elle ne peut avoir de passé trouble, elle doit être vierge, aristocrate et de confession anglicane. La reine-mère trouve la proposition de sa dame de compagnie Cynthia Spencer idéale. Elle lui propose de présenter sa petite-fille Diana à Charles. Bien que de douze ans sa cadette, Diana est la candidate idéale. Il la rencontre une dizaine de fois mais reste indécis. Le prince Philip lui écrit une lettre lui demandant de prendre rapidement sa décision. Charles interprète ces mots comme un ordre donné par son père d’épouser Diana. C’est ainsi que le 29 juillet 1981, il l’épouse en la cathédrale Saint-Paul de Londres face à trente-cinq mille invités et des milliers de Londoniens massés dans les rues. L’événement est le grand rendez-vous du gotha mondial. L’héritier épouse une jeune fille resplendissante de beauté. Les sept-cent-cinquante millions de téléspectateurs sont émerveillés au point de qualifier l’événement comme le « mariage du siècle ». Elizabeth II et Philip sont ravis.

 

L’union de raison

Snowdon dianaLes premières années de leur mariage paraissent idylliques. Le conte de fée anglais se poursuit avec les naissances de William et de Henry (surnommé Harry) en 1982 et 1984. Le prince et la princesse de Galles répondent aux exigences de la monarchie à merveille. Ils représentent régulièrement la souveraine lors d’obligations aux quatre coins du monde et donnent à la dynastie deux héritiers. Diana devient rapidement populaire au point que les médias publient presque exclusivement les photographies la représentant. La princesse est une femme mondaine et citadine qui cherche avant tout à plaire, à être aimée, auprès de sa famille et du public. Devenir le centre d’attention des médias n’est pas pour lui déplaire, mais ce n’est pas au goût de Charles. Pour la première fois de sa vie, il est relayé au second plan. Mais Diana cultive cette popularité croissante par des tenues époustouflantes qui attirent les regards et un charme dévastateur. Si par son éducation Charles parait froid et distant, cachant continuellement ses sentiments, Diana est chaleureuse et spontanée. Le contraste entre les deux époux est saisissant.

En vérité, l’épouse de l’héritier est mal dans sa peau. Elle a du mal à s’adapter aux coutumes de la famille royale, habituée à un lourd protocole. Elle n’a jamais été préparée à ce rôle avant son mariage. Toujours en quête de libertés et d’attention, elle vit tel un lion en cage dorée. Atteinte d’anorexie et de boulimie, Diana souffre et le montre. D’autant qu’elle connaît les sentiments amoureux de son mari pour une autre femme.

 

La romance interdite

 

Prince charles 1A l’automne 1971, Charles rencontre Camilla Shand, fille d’un officier britannique qui fréquente la famille royale. Les deux jeunes gens tombent rapidement amoureux et deviennent inséparables. Camilla a le même sens de l’humour que Charles et elle partage son goût de la nature, des chevaux et du luxe. Elle sait lui parler comme un homme et non un prince. Elle connait son goût pour l’informalité mais son aversion pour la familiarité. Devenus amants, ils se surnomment « Fred et Gladys ».

Charles pense d’abord à l’épouser mais Camilla a déjà connu d’autres hommes avant lui. De plus, elle est de seize mois son aînée. Cette union est inacceptable pour le couple royal. Charles part accomplir son devoir militaire, laissant Camilla dans l’attente. Mais elle se lasse et se rapproche d’Andrew Parker Bowles. Cet officier blond et sportif qui accompagne le carrosse de la reine lors des célébrations officielles devient indispensable. En 1973, ils s’unissent devant Dieu à Londres. Charles est dévasté et se console dans les bras de jeunes filles avant d’épouser Diana.

 

Les années 1990, le temps des malheurs

Prince charles iCamilla demeure dans son cœur. Une fois marié, il continue d’entretenir une liaison avec son véritable amour. Diana ne supporte plus cette situation et sa relation avec Charles se détériore. Elle commence à révéler aux médias l’échec de la vie conjugale de son couple. Ils finissent par se séparer en décembre 1992.

Diana prend fait et cause pour les plus démunis et joue avec la presse qui la pourchasse. Sa popularité grandit toujours davantage. Elle ose critiquer publiquement la capacité de Charles à régner. C’est de trop pour Elizabeth II qui leur ordonne de divorcer en août 1996. Il est entendu que la garde des enfants est partagée entre les deux parents. Diana, qui conserve son titre de princesse de Galles mais perd celui d’Altesse royale, s’affiche aux bras d’amants et fait régulièrement la couverture des tabloïds vêtue de tenues provocatrices. Mais Charles est tenu responsable des malheurs de la princesse. Sa relation avec Camilla ne passe pas aux yeux des Britanniques.

En août 1997, elle se rend à Paris accompagnée de son dernier compagnon Dodi Al-Fayed. Ils sont victimes d’un accident de voiture sous le pont de l’Alma où ils perdent tragiquement la vie. Charles est alors à Balmoral, en Ecosse, auprès de ses enfants et de ses parents. Il a la charge d’annoncer la nouvelle à William et Harry. Sa première préoccupation est de les protéger de l’affolement populaire et médiatique. Il laisse ses fils au soin de ses parents et part chercher le corps de la défunte à Paris. Une fois de retour, des funérailles nationales dignes d’une Altesse royale sont organisées en l’abbaye de Westminster. Il soutient dignement ses fils en marchant avec eux derrière le cercueil. Très présent, il a à cœur de les soutenir dans ce fardeau que représente la perte d’une mère.

                                                                                                636337201340367284 ap britain diana 620141

 

La reconstruction progressive

A1b15d3491c4e60e0beaba5268380594Comme un point final à cette période éprouvante, le 30 mars 2002 sa chère grand-mère, Elizabeth Bowes-Lyon, s’éteint à l’âge vénérable de 101 ans. Il peine à retenir ses larmes le jour de ses funérailles huit jours plus tard. Queen Mum reste dans son cœur comme une femme d’exception qui a su faire naître l’homme qu’il est devenu.

Déjà très proche de ses enfants, Charles devient le véritable roc sur lequel ils peuvent s’appuyer en n’importe quelle occasion. Il multiplie les messages publics de reconnaissance envers eux, comme le jour où William termine ses études en 2004, et se montre volontiers publiquement en leur présence. Progressivement, Charles, William et Harry forment un trio indestructible forgé contre l’adversité, ayant appris les leçons du passé.

Mais son grand dessein est de faire accepter la présence de Camilla à ses côtés. Longtemps, elle reste haïe des Anglais pour sa relation extra-conjugale au cours du mariage de Charles et Diana. Mais le prince n’a pas oublié la femme de sa vie. D’abord dans l’ombre, ils continuent à se fréquenter pour finir par être acceptés aux yeux de William et Harry puis de l’ensemble de la famille royale. La reine a compris que Camilla est la source du bonheur de son fils. Finalement, Camilla montre aux Britanniques qu’elle ne souhaite pas prendre la place de Diana et qu’elle seule pourra rendre heureux l’héritier de la Couronne.

Enfin, Charles peut épouser celle qu’il a toujours aimé en 2005 en la chapelle Saint-George du château de Windsor. Théoriquement, Camilla devient la nouvelle princesse de Galles, mais pour ne pas faire de l’ombre à la si populaire Diana, elle se contente du titre de duchesse de Cornouailles pour se désigner. Les Britanniques ont fini par comprendre qu’il ne pourrait continuer à vivre sans Camilla. Le couple s’installe alors à Clarence House, l’ancienne demeure de Queen Mum située à quelques mètres de Buckingham Palace, qui devient leur résidence officielle.

                                                                                                    Camilla has children too 1538066006

 

Le métier de prince de Galles

46161230 1042963692549276 5944641668635426816 nDès ses études terminées, Charles doit prendre en charge de nombreuses obligations au service de la monarchie. La famille royale a d’abord un rôle représentatif et diplomatique. Il s’inscrit donc dans une certaine continuité. Mais il n’est pas homme à se contenter de traditions ancestrales.

En tant que prince de Galles, son rôle se résume en un mot : attendre. Il doit attendre que le jour où il montera sur le trône vienne. Pendant ce temps, il doit servir le souverain en le représentant en de nombreuses occasions et en perpétuant l’avenir de la dynastie. Mais Charles veut être plus. Selon la constitution britannique, le souverain ne peut prendre position politiquement. Mais Charles n’est pas encore roi. En tant que prince, il pense jouir d’un privilège qui lui permet de s’exprimer en public. Il ne peut prendre position politiquement ? Soit, à défaut, il aura de l’influence. Il crée en 1976 la Prince’s Trust, une association caritative qui aide la jeunesse britannique en difficulté.

Charles est un homme d’opinion. La politique, l’économie, l’écologie, le prince de Galles s’intéresse à tout. Il n’hésite pas à envoyer des courriers aux parlementaires pour obtenir des nouvelles sur la politique en cours et leur offrir ses conseils, comme le révèle l’affaire des « black spider memos » en 2015. Mais l’écologie attire davantage son attention. En 1970, il est l’un des premiers à dénoncer publiquement les effets horrifiants de la pollution sous toutes ses formes. Il achète aussi le domaine de Highrove dans les années 1980 où il constitue lui-même son propre jardin et devient un modèle écologique. Cet homme de convictions est un prince engagé. Il participe également à l’urbanisation du royaume en construisant la ville de Pounburry qui devient un modèle de ville durable. Il lutte aussi contre ce qu’il nomme « la défiguration de Londres », avec la construction d’immeubles modernes qu’il juge désastreux.

                                                                                                 51569523 1100442366801408 3705382300461039616 n

 

Un homme de premier plan

15541136 1319181124770381 3068126541918655951 n 1Pendant de longues années, Charles montre davantage d’intérêt pour sa position de prince de Galles qu’envers la perspective qu’un jour il deviendra roi. Mais Charles montre un tout autre visage depuis quelques temps. Le prince inintéressé par son destin royal, laisse place à un homme mur, au véritable sens du devoir et conscient de sa future fonction.

La reine met tout en œuvre pour préparer son héritier. Il prend une place de plus en plus grande dans la fonction publique de la famille royale. A plus de 90 ans, la reine veut passer progressivement la main du pouvoir tout en gardant les rennes. Il voit ainsi ses obligations augmentées. Entre les voyages officiels pour représenter sa mère, les inaugurations et certains événements, le prince de Galles est au premier plan. En plus de cela, il doit remplacer le duc d’Edimbourg qui s’est retiré de la vie publique en mai 2017. C’est au côté de sa mère qu’il apparaît désormais le plus souvent en public. La monarchie britannique se place dans une période de transition progressive.

Le 12 novembre suivant, pour la première fois, il dépose une gerbe de coquelicots sur le Cénotaphe de Londres en hommage aux soldats britanniques tombés au cours de toutes les guerres entreprises par le royaume. Sous les yeux d’une reine émue, Charles se place tel un monarque avant l’heure. De plus, il est désigné par les chefs de gouvernement du Commonwealth comme le successeur d’Elizabeth II à la tête de l’organisation en avril 2018.

Charles possède une place à part au sein de la famille royale. Il entretient sa propre cour et lors de la visite d’un chef d’Etat étranger, il est d’usage d’établir d’abord une visite de courtoisie à Clarence House avant de se rendre à Buckingham. Cette mise en avant volontaire revient à une régence implicite qui prépare l’image du roi. Et cela fonctionne. Charles est de plus en plus perçu comme un futur bon monarque et voit sa popularité grandir. Son soixante-dixième anniversaire en est la preuve irréfutable, au vu de l’enthousiasme populaire.

 


 

Au cours du temps, Charles a su construire sa place et son rôle dans cette institution vieillissante qu’est la monarchie britannique. Le prince mal-aimé s’est muté en un homme audacieux, confiant et respectueux. Désormais père de famille, c'est en homme accompli que Charles aime se présenter. Celui qui occupe le titre de prince de Galles depuis plus de cinquante ans a su se préparer patiemment à endosser le rôle qui lui est attribué depuis sa venue au monde : roi du Royaume-Uni. Souvent moqué mais jamais égalé, Charles demeure un homme d’exception qui a mis ses convictions au service de la modernisation de la monarchie. En cela, le prince de Galles sera à coup sûr un grand roi.

                                                                                                46480570 1045678072277838 5729322275048521728 n

 

K. GUILLOT

  • Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

 
×